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La fonction exponentielle et le nombre e

Il existe des nombres qui semblent nés d’une figure : \(\pi\) est lié au cercle. Le nombre e naît d’un autre besoin : calculer vite, puis modéliser. D’abord, on cherche à accélérer les opérations (astronomie, navigation, ingénierie) : les logarithmes (logarithms) transforment les multiplications en additions. Ensuite, l’analyse se structure : on veut comprendre les phénomènes où « la variation est proportionnelle à ce qui varie ». C’est là que la fonction exponentielle (exponential function) s’impose comme l’outil naturel — et que la constante e prend sa place au cœur des mathématiques modernes.

Fil conducteur (historique et mathématique).
On passe (1) des puissances et des interpolations, (2) aux logarithmes et aux tables de calcul, puis (3) à la base « naturelle » du logarithme et à l’exponentielle comme fonction autonome, enfin (4) aux preuves (irrationalité, transcendance) et aux records de calcul.

I. Avant l’exponentielle : puissances, interpolations, exposants

L’exponentielle n’apparaît pas « d’un coup ». Son histoire commence par une question plus ancienne : comment donner un sens cohérent aux puissances au-delà des exposants entiers ? Dès le Moyen Âge, on manipule des racines et des rapports ; l’idée d’une puissance « intermédiaire » (par exemple entre \(a^2\) et \(a^3\)) existe déjà dans les pratiques de calcul. Ce qui manque encore, c’est une théorie stable des exposants : règles de calcul, cohérence algébrique, puis continuité.

Au XIVe siècle, Nicolas Oresme étudie des puissances fractionnaires et ouvre la voie à une interpolation entre puissances entières. Plus tard, Nicolas Chuquet (fin XVe) et Michael Stifel (XVIe) systématisent l’écriture et les règles sur les exposants (entiers, négatifs, puis fractionnaires). Cette lente mise en place est décisive : sans elle, la notation \(a^x\) (avec \(x\) réel) n’aurait pas de sens opérationnel.

Avant de savoir définir \(a^x\) pour tout réel \(x\), on sait déjà « remplir les trous » entre \(a^2\) et \(a^3\) en prenant des racines : \(\sqrt{a^5}\), \(\sqrt[3]{a^7}\), etc. L’exponentielle est l’aboutissement logique de cette interpolation, mais il faudra des siècles pour en faire une fonction.
v. 1360
Oresme : puissances fractionnaires, prémices d’interpolation.
1484
Chuquet : calculs sur suites géométriques, racines « intermédiaires ».
1544
Stifel : règles algébriques sur les exposants (entiers, négatifs, fractionnaires).

II. 1614 : logarithmes et « machines de papier »

Le grand saut du XVIIe siècle vient d’un besoin très concret : faire des calculs rapidement et sûrement. Astronomes, navigateurs, ingénieurs doivent multiplier, diviser, extraire des racines, avec précision. Les logarithmes (logarithms) apportent un avantage spectaculaire : une multiplication se transforme en addition grâce à \[ \log(ab)=\log(a)+\log(b), \] et une division devient une soustraction. Les tables de logarithmes deviennent alors une véritable technologie : un outil de travail quotidien, comparable — à l’époque — à un “logiciel” imprimé.

Avant la calculatrice, une table de logarithmes remplaçait des pages de calcul : on lisait \(\log(a)\) et \(\log(b)\), on additionnait, puis on revenait par la table inverse. Cette “chaîne” réduisait le risque d’erreur et faisait gagner un temps immense.

John Napier publie en 1614 les premières tables. Henry Briggs popularise ensuite les logarithmes décimaux (base 10), particulièrement pratiques pour l’usage courant, car ils se combinent naturellement avec la numération décimale. Adriaan Vlacq étend et affine ces tables. Ce point est important pour l’histoire : les tables sont souvent décimales, mais l’analyse mathématique va faire émerger une autre base, plus « naturelle » que 10.

Transition.
Les logarithmes “de table” sont souvent en base 10 (pratique). Mais en analyse, une base se détache parce qu’elle simplifie les formules de dérivation et d’intégration : c’est la base naturelle.

III. Pourquoi une base « naturelle » ? (vers 1690–1730)

Une fois les logarithmes installés, une question devient centrale : quelle base choisir pour obtenir des formules simples en analyse ? Le calcul différentiel naît et se développe : on dérive, on intègre, on cherche des fonctions “stables” par dérivation. C’est ici que la base naturelle apparaît : la fonction \(x\mapsto a^x\) a une dérivée proportionnelle à elle-même, mais le facteur de proportionnalité dépend de \(a\). Il existe une base privilégiée pour laquelle ce facteur vaut 1 : elle rend la dérivation parfaite, « sans coefficient parasite ».

Dans la correspondance savante de la fin du XVIIe siècle (Leibniz, Huygens, les Bernoulli), on voit émerger cette constante, liée au logarithme naturel (natural logarithm). L’idée se stabilise : plutôt que de définir e par une approximation, on le caractérise par une propriété structurante (logarithme, dérivée, limite).

La base 10 est commode pour les tables. Mais la base naturelle est commode pour les théorèmes : elle fait disparaître certains coefficients et rend les équations plus “pures”. C’est un cas où la simplicité conceptuelle l’emporte sur la commodité de calcul.

IV. Euler : définition de e et naissance de \(\exp\)

Leonhard Euler (1707–1783) donne au nombre e sa place définitive, en stabilisant son usage et sa notation. On le caractérise par le logarithme naturel : \[ \ln(e)=1, \] c’est-à-dire : e est l’unique réel strictement positif dont le logarithme népérien vaut 1. Cette caractérisation fait de e une constante définie (pas seulement approchée).

Euler fournit aussi une définition analytique puissante par série entière (power series) : \[ e=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{1}{n!}, \qquad e^x=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{x^n}{n!}. \] Cette écriture explique immédiatement pourquoi l’exponentielle est définie sur tout \(\mathbb{R}\), pourquoi elle est dérivable autant de fois qu’on veut, et pourquoi elle intervient partout en analyse.

La raison exacte du choix de la lettre reste discutée. En revanche, un fait historique est clair : Euler l’emploie et la diffuse largement ; la notation se fixe alors durablement dans la communauté scientifique.

V. Définitions modernes rigoureuses de l’exponentielle

Les manuels modernes insistent souvent sur le fait remarquable suivant : la fonction exponentielle peut être construite par plusieurs voies, toutes équivalentes (une fois admis les théorèmes d’existence et d’unicité nécessaires). Cette pluralité est pédagogique : elle montre qu’on ne « définit » pas seulement une fonction, on la caractérise par ses propriétés.

(A) Définition par équation différentielle (differential equation)
Il existe une unique fonction \(f\) dérivable sur \(\mathbb{R}\) telle que \[ f'(x)=f(x)\quad \text{et}\quad f(0)=1. \] On la note \(\exp\) ou \(e^x\).
(B) Définition par série entière (power series)
\[ \exp(x)=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{x^n}{n!}. \] Cette définition garantit immédiatement la dérivabilité et la convergence sur tout \(\mathbb{R}\).
(C) Définition par relation fonctionnelle (functional equation)
On cherche une fonction \(f\) continue telle que \[ f(x+y)=f(x)f(y),\quad f(0)=1,\quad f'(0)=1. \] La régularité (continuité + condition locale) force alors \(f(x)=\exp(x)\).
(D) Définition via le logarithme naturel (inverse function)
On définit \[ \ln(x)=\int_{1}^{x}\frac{1}{t}\,dt\quad (x>0), \] puis \(\exp\) est la fonction réciproque de \(\ln\).
Historiquement, on rencontre d’abord les logarithmes (tables), puis des propriétés “naturelles” en analyse, et enfin une définition autonome de l’exponentielle. Les manuels modernes, eux, choisissent souvent une définition “propre” (équation différentielle ou série) pour éviter toute circularité.

VI. Propriétés essentielles et rôle en modélisation

Une fois l’exponentielle définie, ses propriétés se déduisent rapidement et expliquent son omniprésence. La relation fonctionnelle \(e^{x+y}=e^x e^y\) encode l’idée de “croissance additive du temps” transformée en “croissance multiplicative des quantités”. La dérivée \((e^x)'=e^x\) exprime la stabilité parfaite de cette fonction par le calcul différentiel.

Propriétés fondamentales.
\[ e^{x+y}=e^x e^y,\qquad e^0=1,\qquad e^{-x}=\frac{1}{e^x}. \] \[ \frac{d}{dx}e^x=e^x,\qquad \ln(e^x)=x,\qquad e^{\ln x}=x \ (x>0). \]

En modélisation, l’exponentielle intervient dès qu’un phénomène a un taux proportionnel à la quantité présente : croissance démographique, décroissance radioactive, refroidissement, intérêts composés, dynamique des populations, etc. Ce principe s’écrit souvent sous forme d’équation différentielle \(y'=ky\), dont la solution est \(y(t)=Ce^{kt}\).

L’exponentielle est « la fonction qui ne change pas quand on la dérive ». Cette propriété explique sa présence en physique, en probabilités et en économie : elle résout naturellement les lois de variation proportionnelle.

VII. Prolongement complexe : formule et identité d’Euler

L’exponentielle s’étend naturellement aux nombres complexes (complex numbers). Cette extension conduit à une formule remarquable, qui relie exponentielle et trigonométrie : \[ e^{ix}=\cos x+i\sin x. \] En particulier, pour \(x=\pi\), on obtient l’identité célèbre : \[ e^{i\pi}+1=0. \]

\[ e^{i\pi}+1=0. \] Cette égalité relie \(0\), \(1\), \(\pi\), \(i\) et e en une seule ligne. Elle est souvent présentée comme l’une des plus belles identités des mathématiques.

Sur Math93 : L'identité d'Euler.


VIII. Irrationalité et transcendance

Le nombre e n’est pas seulement une constante analytique : il possède aussi des propriétés arithmétiques profondes. Deux résultats majeurs jalonnent son histoire : son irrationalité (irrationality) et sa transcendance (transcendence).

Définitions.
• Un réel est rationnel (rational) s’il s’écrit \(\dfrac{p}{q}\) avec \(p\in\mathbb{Z}\) et \(q\in\mathbb{N}^*\).
• Un réel est irrationnel (irrational) s’il n’est pas rationnel.
• Un réel est algébrique (algebraic number) s’il est racine d’un polynôme non nul à coefficients entiers.
• Un réel est transcendant (transcendental number) s’il n’est pas algébrique.

1) Irrationalité de e : l’idée (Euler)

On part de la série entière (power series) : \[ e=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{1}{n!}. \] On suppose par l’absurde que \(e=\dfrac{p}{q}\). Alors \(q!e\) devrait être un entier.

On écrit \[ q!e = \underbrace{q!\sum_{n=0}^{q}\frac{1}{n!}}_{\text{entier}} + \underbrace{q!\sum_{n=q+1}^{\infty}\frac{1}{n!}}_{\text{reste }R}. \] La première partie est entière car, pour \(n\le q\), le terme \(\dfrac{q!}{n!}\) est un entier.

On montre ensuite que le reste \(R\) vérifie \(0<R<1\). Ainsi \(q!e\) serait la somme d’un entier et d’un nombre strictement compris entre 0 et 1, donc ne pourrait pas être un entier : contradiction. Conclusion : \(e\) est irrationnel.

Preuve complète (cliquer pour afficher)

On utilise la série : \[ e=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{1}{n!}. \] Supposons que \(e=\dfrac{p}{q}\) avec \(p\in\mathbb{Z}\) et \(q\in\mathbb{N}^*\). Alors \[ q!e=q!\cdot\frac{p}{q}=p\,(q-1)! \] est un entier.

Posons \[ S=q!\sum_{n=0}^{q}\frac{1}{n!} \quad\text{et}\quad R=q!\sum_{n=q+1}^{\infty}\frac{1}{n!}, \] de sorte que \[ q!e=S+R. \]

1) \(S\) est un entier.
Pour \(0\le n\le q\), on a \(\dfrac{q!}{n!}\in\mathbb{N}\). Donc \[ S=\sum_{n=0}^{q}\frac{q!}{n!} \] est un entier.

2) Encadrement du reste \(R\).

On écrit :

\[ R=\sum_{n=q+1}^{\infty}\frac{q!}{n!}. \]

Pour \(n=q+k\) avec \(k\ge 1\), on a :

\[ \frac{q!}{(q+k)!} = \frac{1}{(q+1)(q+2)\cdots(q+k)}. \]

Chaque facteur du dénominateur étant supérieur ou égal à \(q+1\), on obtient :

\[ \frac{q!}{(q+k)!} \le \frac{1}{(q+1)^k}. \]

Ainsi :

\[ 0 \lt R \le \sum_{k=1}^{\infty}\frac{1}{(q+1)^k}. \]

Or cette somme est une série géométrique de raison \(\dfrac{1}{q+1}\). On a donc :

\[ \sum_{k=1}^{\infty}\frac{1}{(q+1)^k} = \frac{1}{q+1}\times\frac{q+1}{q} = \frac{1}{q}. \]

Finalement :

\[ 0 \lt R \le \frac{1}{q} \lt 1. \]

3) Contradiction.

On a donc \(q!e=S+R\) avec \(S\in\mathbb{Z}\) et \(0 \lt R \lt 1\). Autrement dit, \(q!e\) est de la forme

\[ N+\varepsilon \quad\text{avec}\quad N\in\mathbb{Z},\; 0 \lt \varepsilon \lt 1. \]

Un tel nombre ne peut pas être un entier.

Mais si \(e=\dfrac{p}{q}\), alors \(q!e=p(q-1)!\) est un entier. Contradiction.

Conclusion : \(\;e\) est irrationnel.

2) Transcendance de e (Hermite, 1873)

Un résultat bien plus profond est démontré par Charles Hermite en 1873 : le nombre e est transcendant (transcendental), c’est-à-dire qu’il n’est racine d’aucun polynôme non nul à coefficients entiers.

Portée historique.
La preuve de Hermite (1873) ouvre la voie au théorème de Lindemann (1882), qui montre la transcendance de \(\pi\). C’est un tournant majeur dans l’étude des constantes fondamentales.

Les preuves de transcendance sont nettement plus techniques : elles utilisent des approximations très fines et des estimations analytiques. Mais l’idée centrale est claire : certaines constantes « naturelles », bien que définies simplement, échappent totalement à l’algèbre des polynômes.

Puisque \(e\) est irrationnel, son développement décimal est infini et non périodique. Cela explique naturellement l’intérêt historique pour le calcul de ses décimales.

IX. Décimales connues : pourquoi calculer si loin ?

La valeur numérique de e, tronquée à 15 décimales, est : \[ e\approx 2.718\,281\,828\,459\,045. \] Les records modernes atteignent des milliers de milliards de décimales. Ces calculs ne servent pas à “mieux connaître” e au sens classique, mais à tester la fiabilité des machines, la robustesse logicielle et des algorithmes de calcul haute précision.

DateDécimalesNom / Contexte
1728 18 Leonhard Euler (tables & calculs)
1853 137 William Shanks (calcul manuel)
29 août 2016 5 000 milliards Ron Watkins (calcul informatique)
24 décembre 2023 35 000 000 000 000 Jordan Ranous — record (logiciel y-cruncher)
Au-delà du “record”, ces calculs servent de banc d’essai : vérification croisée, détection d’erreurs matérielles, validation d’algorithmes d’arithmétique multiple précision (multiple-precision arithmetic).

X. La fonction exponentielle : récit historique complémentaire

La naissance de la fonction exponentielle, au sens d’une fonction autonome étudiée pour elle-même, se produit à la fin du XVIIe siècle. On peut voir cette naissance comme la rencontre de trois lignes d’histoire :

On trouve déjà, dans des sources anciennes (y compris des problèmes babyloniens), des questions d’intérêts composés : combien de temps faut-il pour doubler un capital à taux donné ?

Ce type de problème devient central au XVIIe siècle et mène naturellement à la limite \(\left(1+\frac{1}{n}\right)^n\), puis à l’idée d’une croissance “continue”.

Les intérêts composés sont un ancêtre direct de l’exponentielle : on passe d’une croissance par étapes (mensuelle, journalière) à un modèle où la variation est continue. C’est ce passage qui fait émerger e.

Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour que l’analyse formalise ces intuitions : Johann Bernoulli, Leibniz et leurs contemporains font apparaître des fonctions dont la dérivée est proportionnelle à elles-mêmes. Euler synthétise ensuite ces idées, fixe les notations et construit une théorie cohérente, qui deviendra l’un des piliers de l’analyse moderne.

Dérivée de l'exponentielle en 0 (exponential derivative at 0)


Comment une machine calcule-t-elle \(\exp(x)\) ?

Les calculatrices scientifiques et les langages comme Python ne calculent pas \(\exp(x)\) en utilisant directement la série infinie \[ \exp(x)=\sum_{n=0}^{\infty}\frac{x^n}{n!}, \] car cette méthode serait inefficace pour les grandes valeurs de \(x\). Ils utilisent un procédé standard en analyse numérique appelé réduction d’argument (range reduction), suivi d’une approximation locale.

Principe général.
On écrit \[ x = k\ln(2) + r, \] où \(k\in\mathbb{Z}\) et \(r\) est choisi de sorte que \(|r|\le \frac{\ln(2)}{2}\). On utilise alors l’identité \[ \exp(x)=\exp(r)\,2^k. \] On approxime ensuite \(\exp(r)\) sur ce petit intervalle à l’aide d’un polynôme ou d’une fraction rationnelle optimisée.
Exemple détaillé : calcul de \(\exp(3)\)

1) Réduction d’argument

\[ \frac{3}{\ln(2)} \approx 4.328 \]

On choisit \(k=4\), puis on pose :

\[ r = 3 - 4\ln(2) \] \[ r \approx 0.227412 \]

Ainsi :

\[ \exp(3)=\exp(r)\,2^4 \]

2) Approximation locale

Comme \(r\) est petit, un polynôme court donne déjà une bonne approximation (ici à titre d’illustration) :

\[ \exp(r) \approx 1+r+\frac{r^2}{2}+\frac{r^3}{6} \] \[ \exp(r)\approx 1.2552 \]

3) Recomposition

\[ \exp(3)\approx 1.2552\times 16 \approx 20.083 \]

Valeur réelle :

\[ \exp(3)\approx 20.0855369 \]

En pratique, les bibliothèques numériques utilisent des polynômes optimisés (minimax) et/ou des tables, ce qui permet d’atteindre la précision machine (\(\approx 10^{-16}\) en double précision).


Les ordinateurs et calculatrices travaillent en arithmétique binaire (base 2). Un nombre flottant s’écrit : \[ x = m \times 2^e \] où \(m\) est la mantisse et \(e\) l’exposant. Multiplier par \(2^k\) revient donc essentiellement à modifier l’exposant binaire en mémoire : c’est très rapide et numériquement stable. C’est pour cette raison que la réduction d’argument utilise précisément \(\ln(2)\) : elle permet d’écrire \[ \exp(x)=\exp(r)\,2^k \] et d’exploiter directement la structure binaire des nombres flottants.

 

Dans CPython, la fonction math.exp appelle la fonction exp de la bibliothèque C du système (libm). Les implémentations modernes (fdlibm, glibc, LLVM libc) utilisent ce schéma : réduction par \(\ln(2)\), approximation polynomiale optimisée, puis recomposition via \(2^k\).

 

Sources techniques (calcul numérique)
• Python Documentation — module math : https://docs.python.org/3/library/math.html
• Sun Microsystems — fdlibm (implémentation de référence) : https://www.netlib.org/fdlibm/e_exp.c
• W. J. Cody & W. Waite, Software Manual for the Elementary Functions, 1980.
• N. J. Higham, Accuracy and Stability of Numerical Algorithms, SIAM.

Bibliographie & sources

Ouvrages (références de fond)
• Leonhard Euler, Introductio in analysin infinitorum (1748).
• Carl B. Boyer & Uta Merzbach, A History of Mathematics.
• Morris Kline, Mathematical Thought from Ancient to Modern Times.

Sources en ligne (repères, chronologies, records)
• Records de calcul (logiciel y-cruncher) : pages de records (NumberWorld / y-cruncher).
• Articles de synthèse (logarithmes, constante e) : pages encyclopédiques (chronologie, notations).

Liens Math93
L'identité d'Euler
Fonction logarithme népérien
• Page “référence” (même esprit) : La série harmonique — histoire et preuves

 

 

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