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Le théorème de Pythagore : histoire, preuves, triplets pythagoriciens et applications

Le théorème de Pythagore est l'un des résultats les plus célèbres de toute l'histoire des mathématiques. Il relie les longueurs des côtés d'un triangle rectangle, mais aussi les aires des carrés construits sur ces côtés. Derrière cette formule très connue se cache une histoire particulièrement riche : Babylone, Chine ancienne, Grèce antique, géométrie euclidienne, théorie des nombres, centaines de démonstrations et prolongements jusqu'à la géométrie analytique.

Pourquoi cette page ?

On associe souvent ce théorème à une simple formule de collège. En réalité, il constitue un point de rencontre remarquable entre géométrie, histoire des mathématiques et arithmétique. Il est aussi devenu célèbre par l'extraordinaire diversité de ses démonstrations.

Le théorème

Dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés.

C'est à dire :

theoreme pythagore

 Fichier source Geogebra (en .ggb)

Dans un triangle rectangle, l'aire du carré construit sur l'hypoténuse est égale à la somme des aires des carrés construits sur les deux autres côtés.
Soit ici : BC² = AC² + AB²

Ou sous une autre forme :

Si le triangle ABC est rectangle en A,
alors BC² = BA² + AC².

Écriture standard.

Si \(ABC\) est rectangle en \(A\), alors \[ BC^2 = AB^2 + AC^2 \]

Vocabulaire.

  • Le côté opposé à l'angle droit s'appelle l'hypoténuse (hypotenuse).
  • Les deux autres côtés sont les côtés de l'angle droit.
  • Le théorème relie les longueurs de ces trois côtés.

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Interprétation géométrique

Le théorème de Pythagore peut être lu comme un théorème d'aires : l'aire du carré construit sur l'hypoténuse est égale à la somme des aires des deux carrés construits sur les autres côtés.

\[ \text{aire sur } BC = \text{aire sur } AB + \text{aire sur } AC \]

Cette lecture géométrique explique pourquoi tant de démonstrations du théorème reposent sur des découpages, des recollements, ou des comparaisons d'aires.

pythagore-manuscrit-XII.gif (220374 octets)

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Applications du théorème de Pythagore

Réciproque du théorème de Pythagore.
Si, dans un triangle, le carré du plus grand côté est égal à la somme des carrés des deux autres côtés, alors ce triangle est rectangle.

Contraposée.
Si, dans un triangle, le carré du plus grand côté n'est pas égal à la somme des carrés des deux autres côtés, alors ce triangle n'est pas rectangle.

Comme \(3^2+4^2=9+16=25=5^2\), tout triangle de côtés \(3\), \(4\) et \(5\) est rectangle.

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Preuves du théorème

Le théorème de Pythagore possède un très grand nombre de démonstrations. On en présente ici deux, sous forme dépliable, pour garder une lecture fluide.

Preuve 1 : preuve par les aires (version rigoureuse)

Preuve du théorème de Pythagore par les aires

Preuve.

Considérons un triangle rectangle dont les côtés de l'angle droit ont pour longueurs \(a\) et \(b\), et dont l'hypoténuse a pour longueur \(c\). Construisons un grand carré de côté \(a+b\), puis plaçons à l'intérieur quatre copies identiques de ce triangle rectangle, comme sur la figure.

  • Le grand carré a pour côté \(a+b\), donc son aire vaut : \[ (a+b)^2 \]
  • Chacun des quatre triangles rectangles a pour aire : \[ \frac{ab}{2} \]
  • L'aire totale des quatre triangles vaut donc : \[ 4\times \frac{ab}{2}=2ab \]
  • Il reste au centre un quadrilatère. Pour poursuivre la preuve, il faut montrer que ce quadrilatère est un carré.

pythagore preuve 1 aires

Montrons d'abord que ses quatre côtés sont égaux.

  • Chaque côté du quadrilatère central est formé par l'hypoténuse de l'un des quatre triangles rectangles.
  • Or les quatre triangles sont identiques. Leurs hypoténuses ont donc toutes la même longueur \(c\).
  • Ainsi, les quatre côtés du quadrilatère central mesurent tous \(c\).

Montrons maintenant que ses quatre angles sont droits.

  • Notons \(\alpha\) et \(\beta\) les deux angles aigus du triangle rectangle.
  • Comme le triangle est rectangle, on a : \[ \alpha+\beta=90^\circ \]
  • Considérons un sommet du quadrilatère central. Cet angle est délimité par deux hypoténuses de deux triangles voisins.
  • Les deux angles des triangles adjacents qui bordent cet angle valent précisément \(\alpha\) et \(\beta\).
  • L'angle intérieur du quadrilatère central vaut donc : \[ 180^\circ-(\alpha+\beta) \]
  • Or \(\alpha+\beta=90^\circ\), donc : \[ 180^\circ-(\alpha+\beta)=180^\circ-90^\circ=90^\circ \]
  • Chaque angle du quadrilatère central est donc droit.

Conclusion sur le quadrilatère central.

  • Le quadrilatère central a quatre côtés égaux.
  • Il a aussi quatre angles droits.
  • C'est donc un carré.
  • Comme chacun de ses côtés mesure \(c\), son aire vaut : \[ c^2 \]

Fin de la preuve par les aires.

  • Le grand carré est donc décomposé en :
    • quatre triangles d'aire totale \(2ab\),
    • un carré central d'aire \(c^2\).
  • Son aire s'écrit donc aussi : \[ 2ab+c^2 \]
  • Comme il s'agit du même grand carré : \[ (a+b)^2=2ab+c^2 \]
  • En développant le membre de gauche : \[ a^2+2ab+b^2=2ab+c^2 \]
  • Puis en simplifiant : \[ a^2+b^2=c^2 \]

\[ \boxed{c^2=a^2+b^2} \]

Le théorème de Pythagore est démontré.

Remarque historique.
Cette démonstration par découpage et comparaison d'aires est très proche des preuves de dissection associées à la tradition chinoise du théorème du gougu. Elle met en évidence l'interprétation géométrique du théorème : l'aire du carré construit sur l'hypoténuse est égale à la somme des aires des carrés construits sur les deux autres côtés.
Preuve 2 : preuve par les triangles semblables

Soit \(ABC\) un triangle rectangle en \(A\). On note \(H\) le pied de la hauteur issue de \(A\) sur l'hypoténuse \([BC]\).

pythagore preuve 2 triangles semblables

Soit \(ABC\) un triangle rectangle en \(A\), et soit \(H\) le pied de la hauteur issue de \(A\) sur l'hypoténuse \([BC]\).

  • Comme \(ABC\) est rectangle en \(A\), on a : \[ \widehat{BAC}=90^\circ \]
  • Comme \(AH\) est une hauteur relative au côté \([BC]\), on a : \[ AH\perp BC \] donc : \[ \widehat{AHB}=90^\circ \qquad \text{et} \qquad \widehat{AHC}=90^\circ \]
  • Comparons les triangles \(ABC\) et \(ABH\) :
    • \(\widehat{BAC}=\widehat{AHB}=90^\circ\) ;
    • \(\widehat{ABC}=\widehat{ABH}\), car les points \(B\), \(H\) et \(C\) sont alignés.
    Donc les triangles \(ABC\) et \(ABH\) sont semblables.
  • Comparons les triangles \(ABC\) et \(ACH\) :
    • \(\widehat{BAC}=\widehat{AHC}=90^\circ\) ;
    • \(\widehat{ACB}=\widehat{ACH}\), car les points \(B\), \(H\) et \(C\) sont alignés.
    Donc les triangles \(ABC\) et \(ACH\) sont semblables.
  • D'après la similitude des triangles \(ABC\) et \(ABH\), on obtient : \[ \frac{AB}{BC}=\frac{BH}{AB} \] donc : \[ AB^2=BC\times BH \]
  • D'après la similitude des triangles \(ABC\) et \(ACH\), on obtient : \[ \frac{AC}{BC}=\frac{CH}{AC} \] donc : \[ AC^2=BC\times CH \]
  • En additionnant ces deux égalités : \[ AB^2+AC^2=BC\times BH+BC\times CH \]
  • On factorise par \(BC\) : \[ AB^2+AC^2=BC(BH+CH) \]
  • Or \(H\in[BC]\), donc : \[ BH+CH=BC \]
  • Ainsi : \[ AB^2+AC^2=BC\times BC=BC^2 \]

\[ \boxed{BC^2=AB^2+AC^2} \]

Le théorème de Pythagore est démontré.

Remarque historique.
Cette démonstration par triangles semblables est aujourd'hui l'une des plus classiques dans l'enseignement. Elle est très naturelle, car la hauteur issue de l'angle droit découpe le triangle rectangle en deux triangles plus petits qui sont semblables au triangle initial.

Historiquement, il faut toutefois être précis : ce n'est pas exactement la démonstration donnée par Euclide dans le Livre I, proposition 47 des Éléments. La preuve d'Euclide en I.47 repose surtout sur des égalités d'aires entre carrés et parallélogrammes.

En revanche, la méthode par similitude appartient bien à la tradition de la géométrie grecque : David Joyce rappelle qu'Euclide donne une preuve fondée sur proportion et similarité dans le lemme de la proposition X.33. On peut donc dire que cette preuve moderne est dans l'esprit euclidien, sans être la preuve exacte du Livre I.

Sources :
David E. Joyce, Euclid's Elements, Book I, Proposition 47
Clay Mathematics Institute — Euclid, Book I, Proposition 47

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Triplets pythagoriciens

On appelle triplet pythagoricien (Pythagorean triple) tout triplet d'entiers positifs \((a,b,c)\) vérifiant :

\[ a^2+b^2=c^2 \]

Le plus célèbre est :

\[ (3,4,5) \]

TripletVérification
\((3,4,5)\) \(3^2+4^2=9+16=25=5^2\)
\((5,12,13)\) \(25+144=169=13^2\)
\((8,15,17)\) \(64+225=289=17^2\)
\((7,24,25)\) \(49+576=625=25^2\)
\((20,21,29)\) \(400+441=841=29^2\)

Triplet primitif.
Un triplet pythagoricien est dit primitif si les trois entiers n'ont pas de diviseur commun autre que 1.

Ainsi, \((3,4,5)\) est primitif, tandis que \((6,8,10)\) ne l'est pas.

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Comment générer des triplets pythagoriciens ?

Une méthode classique, souvent attribuée à Euclide, consiste à choisir deux entiers \(m\) et \(n\) tels que \(m>n>0\), puis à poser :

\[ a=m^2-n^2,\qquad b=2mn,\qquad c=m^2+n^2 \]

Alors \((a,b,c)\) est toujours un triplet pythagoricien.

Vérification.

\[ a^2+b^2=(m^2-n^2)^2+(2mn)^2 \]

\[ =m^4-2m^2n^2+n^4+4m^2n^2 \]

\[ =m^4+2m^2n^2+n^4 \]

\[ =(m^2+n^2)^2=c^2 \]

Choix de \(m\) et \(n\)Triplet obtenu
\(m=2,\; n=1\) \((3,4,5)\)
\(m=3,\; n=2\) \((5,12,13)\)
\(m=4,\; n=1\) \((15,8,17)\)
\(m=4,\; n=3\) \((7,24,25)\)
Pour obtenir un triplet primitif, on choisit \(m\) et \(n\) premiers entre eux et de parités différentes.

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Histoire du théorème de Pythagore

Le fameux théorème de Pythagore, qu'Euclide (IIIe siècle av. J.-C.) démontre dans ses Éléments, est la plus célèbre "découverte" attribuée à la fraternité pythagoricienne.

Ce résultat était en fait déjà connu, au moins sous forme numérique ou géométrique particulière, dans des traditions plus anciennes, notamment babylonienne et chinoise. Ce qui distingue la tradition grecque, c'est l'exigence d'une démonstration générale.

La première démonstration conservée.
Nous devons la plus célèbre démonstration antique conservée de la propriété de Pythagore à Euclide (IIIe siècle av. J.-C.). Il s'agit de la proposition 47 du Livre I des Éléments, et la réciproque apparaît à la proposition 48.

Il n'existe aucune preuve directe que les pythagoriciens eux-mêmes disposaient de la démonstration que la tradition leur attribue souvent. Les historiens distinguent donc avec soin le théorème, son ancienneté, et l'histoire de ses preuves.

pythagore2-manuscrits.gif (470964 octets)

vers 1900–1600 av. J.-C.
Des tablettes mésopotamiennes témoignent d'une connaissance de relations numériques liées aux triangles rectangles.
vers 100 av. J.-C.
Le Zhoubi suanjing conserve dans la tradition chinoise une version fameuse du théorème du gougu.
IIIe siècle av. J.-C.
Euclide donne la démonstration classique conservée au Livre I, proposition 47 des Éléments.
1876
James A. Garfield publie une preuve élégante fondée sur l'aire d'un trapèze.
1907–1940
Elisha Scott Loomis rassemble et classe un immense corpus de démonstrations du théorème.

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Elisha Scott Loomis et le recueil des preuves

Qui est Loomis ?
Elisha Scott Loomis (1852–1940) est un mathématicien et enseignant américain. Il fut notamment professeur à Baldwin University / Baldwin-Wallace et responsable de l'enseignement des mathématiques à West High School, à Cleveland.Elisha S. Loomis 1852-1940

Son nom est devenu incontournable dans l'histoire du théorème de Pythagore à cause de son ouvrage :

The Pythagorean Proposition

Ce livre est le grand recueil historique classique consacré aux démonstrations du théorème. Le manuscrit initial a été préparé en 1907, l'ouvrage a été publié une première fois en 1927, puis sous une 2e édition en 1940, avant d'être réimprimé par le NCTM en 1968.

C'est Loomis qui a effectué le grand travail de recensement et de classification des démonstrations. Dans la tradition historique la plus souvent citée aujourd'hui, son ouvrage est associé à 371 preuves.

Il faut toutefois être précis : ce n'est pas une liste de "toutes les preuves possibles" au sens absolu. C'est le grand recueil de référence des preuves recensées, analysées et classées par Loomis. Depuis, d'autres auteurs ont encore proposé de nouvelles variantes.

Le recueil existe-t-il vraiment ?
Oui. Il existe bien un recueil historique de référence : The Pythagorean Proposition: Its Demonstrations Analyzed and Classified and Bibliography of Sources for Data of the Four Kinds of "Proofs". C'est l'ouvrage qu'il faut citer lorsqu'on parle du grand nombre de preuves du théorème.

Liens utiles :
Internet Archive – The Pythagorean Proposition
HathiTrust – Notice bibliographique
ERIC/NCTM – Préface de la réimpression de 1968
MAA Ohio – Notice biographique sur Elisha S. Loomis

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Anecdotes et faits remarquables

Une tradition antique raconte que la découverte du théorème aurait été célébrée par une hécatombe, c'est-à-dire un sacrifice de cent boeufs. Cette anecdote est célèbre, mais elle appartient davantage à la tradition littéraire qu'à l'histoire établie.
Le théorème de Pythagore est souvent présenté comme l'un des théorèmes les plus démontrés de toute l'histoire des mathématiques. Le recueil de Loomis lui a donné une célébrité particulière sur ce point.
James Abram Garfield, futur 20e président des États-Unis, a publié une démonstration du théorème en 1876.
Parce qu'il est à la fois simple à énoncer, visuel, profond, relié aux aires, aux entiers, aux distances, à la trigonométrie et à la géométrie analytique.
Voir aussi : un prolongement célèbre

Dans un repère orthonormé, la formule de distance dérive directement du théorème de Pythagore :

\[ AB=\sqrt{(x_B-x_A)^2+(y_B-y_A)^2} \]

Le théorème est donc au coeur de la géométrie analytique.

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Sources et bibliographie

Sources historiques principales utilisées pour cette page

Pour aller plus loin

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